{"id":891,"date":"2013-08-05T12:04:38","date_gmt":"2013-08-05T10:04:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.swingtap.com\/?p=891"},"modified":"2022-08-03T13:25:48","modified_gmt":"2022-08-03T11:25:48","slug":"mai-2009-un-suisse-a-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.swingtap.com\/blog\/fr\/mai-2009-un-suisse-a-paris\/","title":{"rendered":"Mai 2009 &#8211; Un suisse \u00e0 Paris"},"content":{"rendered":"<p>Dans la rue, arc-bout\u00e9 sur sa cigarette, ses petites lunettes rondes viss\u00e9es sur le bout de son nez, et son pas h\u00e9sitant, Victor Cuno d\u00e9tonne. Avec sa veste \u00e0 carreaux et ses petits cheveux paille en bataille, il prom\u00e8ne nonchalamment sa silhouette de Tchao Pantin dans les rues du XI\u00e8me arrondissement, o\u00f9 il a \u00e9lu domicile il y a 19 ans d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.swingtap.com\/blog\/wp-content\/uploads\/vcu_thomaspirel.shkl_.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignright size-full wp-image-896\" src=\"https:\/\/www.swingtap.com\/blog\/wp-content\/uploads\/vcu_thomaspirel.shkl_.jpg\" alt=\"vcu_thomaspirel.shkl\" width=\"178\" height=\"178\" srcset=\"https:\/\/www.swingtap.com\/blog\/wp-content\/uploads\/vcu_thomaspirel.shkl_.jpg 290w, https:\/\/www.swingtap.com\/blog\/wp-content\/uploads\/vcu_thomaspirel.shkl_-150x150.jpg 150w\" sizes=\"(max-width: 178px) 100vw, 178px\" \/><\/a>La vie de ce Mr Claquettes commence comme dans un film de Franck Capra. C\u2019est dans une petite salle de cin\u00e9ma de la ville de B\u00e2le en Suisse al\u00e9manique, en plein milieu des ann\u00e9es 60, qu\u2019un adolescent pas comme les autres d\u00e9couvre subjugu\u00e9 \u201cChantons sous la pluie\u201d. \u00ab Good Morning \u00bb de Gene Kelly va tout simplement changer sa vie. Les claquettes deviennent une id\u00e9e fixe dans l\u2019esprit de ce jeune bourgeois suisse. Mais pas question d\u2019inqui\u00e9ter tout de suite des parents attentifs. Ils veulent pour lui, une existence stable et sans surprise loin des heurts des ann\u00e9es 30 et de la Seconde Guerre Mondiale, qu\u2019ils ont connus. Il s\u2019agit de rassurer une maman qui l\u2019a eu tard : 38 ans. Alors Victor trouve un bon compromis en rentrant dans le prestigieux Conservatoire Classique de B\u00e2le.<\/p>\n<p>Victor fait tout : il danse, chante, compose, joue du piano sauf des claquettes&#8230; Il devra attendre le d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 pour enfiler ses premi\u00e8res chaussures&#8230;<\/p>\n<p>Comme la majorit\u00e9 de ses camarades de classe, il monte une troupe amateurs. Pour les besoins d\u2019une repr\u00e9sentation, il va taper du pied pour la premi\u00e8re fois. Il apprend en bluffant sous le regard bienveillant d\u2019un vieux professeur suisse : m\u00e9moire vivante des claquettes de l\u2019apr\u00e8s guerre. Victor marche \u00e0 l\u2019instinct et \u00e0 l\u2019envie. Et ce qu\u2019il aime dans cet art d\u00e9laiss\u00e9 par les esth\u00e8tes de cette fin de si\u00e8cle : c\u2019est la simplicit\u00e9, l\u2019accessibilit\u00e9 et l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9. Le num\u00e9ro est un succ\u00e8s : Victor y interpr\u00e8te un gangster de Chicago en gu\u00eatres qui d\u00e9valisent les m\u00e9chants banquiers arnaqueurs en les attaquants \u00e0 coups de semelles de fer, pour les d\u00e9fendre des petits \u00e9pargnants.<\/p>\n<p>Le monde ne lui suffit plus, il d\u00e9barque \u00e0 Paris avec sa petite valise : direction le XI\u00e8me arrondissement : son coup de c\u0153ur. La France ne conna\u00eet pas la crise, c\u2019est juste avant le premier choc p\u00e9trolier et l\u2019\u00e9poque est \u00e0 la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. Paris dig\u00e8re \u00e0 peine sa r\u00e9volution culturelle de Mai 68, la vie est facile.<\/p>\n<p>\u00ab Il est interdit d\u2019interdire \u00bb a fait son chemin dans les esprits et Victor se lance sans se poser de questions. Il loue une salle au Caf\u00e9 de la Danse pour donner des cours de claquettes et \u00e7a marche! Pendant 19 ans, le suisse \u00e9lanc\u00e9 va taquiner le parquet de la salle parisienne avec des amateurs et des futurs professionnels des claquettes. Le Caf\u00e9 de la Danse lui permet d\u2019\u00eatre ind\u00e9pendant et install\u00e9, les claquettes ont d\u00e9sormais leur vitrine officielle, leur rendez-vous. Gene Kelly et Fred Astaire ont trouv\u00e9 en Victor un digne h\u00e9ritier de l\u2019art de taper du pied. Et plus que \u00e7a m\u00eame, car tout en les respectant, notre Suisse veut s\u2019affranchir des Classiques. Les claquettes, c\u2019est tout de suite, pour tout le monde et sur n\u2019importe quelle musique : rap, hip hop, blues, soul. Les claquettes s\u00e9duisent, intriguent assurant ainsi une client\u00e8le r\u00e9guli\u00e8re qui lui permet de vivre. Car notre professeur parvient \u00e0 lier passion et sens des affaires. Le succ\u00e8s des cours du Caf\u00e9 de la Danse l\u2019encouragent s\u2019installer \u00e0 son compte : il \u00e9lit domicile au 21 de la rue Keller il y a 11 ans, pour monter sa propre \u00e9cole : Swingtap. Il fait tourner toute la petite affaire et s\u2019impose comme la plaque tournante des claquettes en France, l\u2019air de rien, tout simplement.<\/p>\n<p>\u00ab La passion \u00e7a se d\u00e9veloppe \u00bb dit-il \u00e0 la terrasse d\u2019un caf\u00e9 entre deux gorg\u00e9es de bi\u00e8re blanche. Et Victor fait ce qu\u2019il dit. Il d\u00e9veloppe les claquettes d\u00e8s que cela lui est possible : au grand \u00e9cran : dans le film : \u00ab Qu\u2019est ce qu\u2019on attend pour \u00eatre heureux ? \u00bb de Coline Serreau, sur sc\u00e8ne : avec la com\u00e9die musicale : \u00ab Steppin\u2019 Out \u00bb ou encore au Ballet avec \u00ab Cendrillon \u00bb de Nour\u00e9ev. Plus r\u00e9cemment, Antoine de Caunes interpr\u00e8te \u00ab Good Morning \u00bb en claquettes, en direct des C\u00e9sars : Victor Cuno est derri\u00e8re le rideau attentif.<\/p>\n<p>Victor Cuno a une jolie histoire. Comme il dit si bien lui-m\u00eame avec son accent germanique : \u00ab On est pas courageux, quand \u00e7a marche \u00bb. Mais le travail, la pr\u00e9cision, la rigueur, le bon sens li\u00e9s \u00e0 la passion: c\u2019est lui. Il faut travailler sa passion, assumer le quotidien et cr\u00e9er une \u00e9mulation autour de soi. Car Victor n\u2019est pas seul. Concentr\u00e9 dans une rue, voir un immeuble : Victor fait partager sa passion : \u00e0 son \u00e9quipe, \u00e0 ses les \u00e9l\u00e8ves d\u2019hier, aux voisins du quartier et surtout \u00e0 sa famille : sa femme et son fils Marius, 7 ans qui assure d\u00e9j\u00e0 la rel\u00e8ve dans le monde des claquettes. Le jeune Marius a voulu taper du pied d\u00e8s deux ans et tr\u00f4ne aujourd\u2019hui sur les podiums des comp\u00e9titions internationales de claquettes pour juniors.<\/p>\n<p>Encore une fois : \u00ab La vie est belle \u00bb et il est possible de vivre sa passion au quotidien. Loin de la morosit\u00e9 actuelle, Victor est un humble po\u00e8te qui avec un piano et deux bouts de fer rend heureux. Il ne regrette rien quand il se souvient de son arriv\u00e9e \u00e0 Paris au milieu des ann\u00e9es 70. En coloc d\u2019abord, puis un bail \u00e0 son nom, puis le s\u00e9same absolu pour ses parents : il devient propri\u00e9taire d\u2019un appartement dans le XI\u00e8me. Victor n\u2019a jamais song\u00e9 vivre ailleurs. Il est touch\u00e9 par ces liens humains qui se nouent ais\u00e9ment. Il aime regarder le travail des menuisiers du Faubourg St Antoine, et appr\u00e9cie la sagesse des bouquinistes qui jalonnent les rues du quartier. En plus de 20 ans, Victor a observ\u00e9 avec une l\u00e9g\u00e8re inqui\u00e9tude les mutations de son petit Paris. L\u2019apparition de l\u2019Op\u00e9ra Bastille \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80 marque un tournant.<\/p>\n<p>Le paysage humain change : les marchands de livre sont remplac\u00e9s par des boutiques branch\u00e9es. Mais malgr\u00e9 cela, Victor se sent chez lui. Il a r\u00e9unit tout son univers dans une rue : l\u2019\u00e9cole Swingtap est \u00e0 quelques m\u00e8tres de chez lui. Il aime les friperies de la rue des Taillandiers et les restaurants qui ont une \u00e2me comme \u00ab Au 10 vins Muguet \u00bb.<\/p>\n<p>Et il est tout simplement heureux quand il boit une bi\u00e8re blanche bien install\u00e9 en terrasse du Pause Caf\u00e9.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, perch\u00e9 sur ses 55 ans , Victor continue \u00e0 explorer sa passion et \u00e0 la faire partager. Il est l\u2019auteur du tr\u00e8s reconnu : \u00ab Guide du d\u00e9butant \u00bb : fid\u00e8le \u00e0 son postulat de base : les claquettes, c\u2019est pour tout le monde. Il a \u00e9galement r\u00e9dig\u00e9 un \u00ab Dictionnaire pratique des claquettes d\u2019aujourd\u2019hui \u00bb, pour l\u2019usage des plus initi\u00e9s. A l\u2019heure actuelle, il se penche sur le sens de cet art pas comme les autres et de son \u00e9volution \u00e0 travers le temps. Car le jeune homme qui tapait du pied \u00e0 B\u00e2le a pris conscience de son r\u00f4le, du sens qu\u2019il a mis dans sa passion et de l\u2019h\u00e9ritage qui lui faut transmettre.<\/p>\n<p>Texte par Victoire Daboville \/ Photo par Thomas Pirel<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la rue, arc-bout\u00e9 sur sa cigarette, ses petites lunettes rondes viss\u00e9es sur le bout de son nez, et son pas h\u00e9sitant, Victor Cuno d\u00e9tonne. 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