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Top Hat : premiers pas au Théâtre du Châtelet

Valérie Gaget / France Télévisions — Rédaction Culture — avril 2026

Avant chacune des représentations, le Théâtre du Châtelet propose un atelier d'une heure pour s'initier, moyennant 15 euros, à l'art des claquettes. Nous nous sommes risqués à rejoindre, le soir de la première de Top Hat, le groupe des volontaires. Sans surprise hélas, comme dans tous les cours de danse ou de Pilates, les femmes sont outrageusement majoritaires, toutes générations confondues. Seuls un jeune homme et un garçon d'une huitaine d'années se glissent parmi la vingtaine de participantes. On se dit intérieurement qu'il n'y a pourtant rien de plus cool qu'un danseur de claquettes…
« Je vais vous faire découvrir la culture des pieds »

— Victor Cuno, en préambule de l’atelier

Victor Cuno donne un cours d’initiation aux claquettes au Théâtre du Châtelet avant la première de Top Hat

Victor Cuno, à gauche, donne un cours d’initiation aux claquettes au Théâtre du Châtelet, avant la première de « Top Hat », le 15 avril 2026. (Laurent Crouzillac pour Valérie Gaget / franceinfo Culture)

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Avant chacune des représentations, le Théâtre du Châtelet propose un atelier d'une heure pour s'initier, moyennant 15 euros, à l'art des claquettes. Nous nous sommes risqués à rejoindre, le soir de la première de Top Hat, le groupe des volontaires. Sans surprise hélas, comme dans tous les cours de danse ou de Pilates, les femmes sont outrageusement majoritaires, toutes générations confondues. Seuls un jeune homme et un garçon d'une huitaine d'années se glissent parmi la vingtaine de participantes. On se dit intérieurement qu'il n'y a pourtant rien de plus cool qu'un danseur de claquettes…

Nul besoin de prévoir une tenue particulière, il suffit d'être à l'aise et d'enfiler les chaussures de tap dance, en anglais, mises à disposition dans une armoire et sur une étagère. Toutes les pointures, et même des demi-pointures, sont disponibles en plusieurs exemplaires. Un grand tapis gris a été fixé sur le sol du studio Cole Porter et un piano à queue est placé au fond de la pièce. Valentine, la cinquantaine, dit expérimenter pour la deuxième fois ce type d'atelier découverte. "J'aime bien l'ambiance et la convivialité, nous confie-t-elle. Et puis les claquettes, ça fait rêver petits et grands ».

"Je vais vous faire découvrir la culture des pieds", déclare en guise de préambule Victor Cuno, notre professeur d'un soir (et plus si affinités), fondateur de Swingtap, une école de claquettes réputée à Paris. David Lasserre, son assistant, danse et reproduit les pas qu'il indique pour le groupe quand le maître se met au piano pour jouer de grands standards de la comédie musicale, à commencer par l'un des thèmes de Top Hat.

Pantalon large et gilet coloré, Victor Cuno commence par nous montrer avec ses claquettes argentées quatre pas de base. Les deux pieds à plat, puis sur les fers à l'avant des chaussures, sur les talons… En chantant, il ajoute ensuite un rythme repris en chœur par les participants, puis, quatre positions pour les bras associées à chacun des pas de base. Tous ces éléments, introduits progressivement, d'abord sans musique puis accompagnés au piano, créent une première chorégraphie. Et tout le monde suit ! Victor Cuno nous trouve malgré tout un peu tendus, limite grimaçants, et nous invite à plus de relâchement.

Six pas en avant, trois pas en arrière…

Il passe ensuite la marche avant demandant à ses élèves d'un soir de se déplacer dans le grand studio à grandes enjambées, en claquant du talon avant de poser le pied. Un grand sens giratoire prend forme dans le studio. Les choses se compliquent légèrement lorsque le professeur enclenche, dans la foulée, la marche arrière. Six pas en avant, trois pas en arrière… Voilà qui rappelle une célèbre comptine reprise dans certaines manifestations.

Le cours a filé comme dans un rêve. Victor Cuno amorce la préparation du numéro final, un poil plus complexe. "Vous pouvez hésiter et vous tromper mais il faut toujours que les derniers pas soient impeccables. Il faut tenir la position pour permettre au public d'applaudir". Nous nous réjouissons, en sourdine toujours, que personne n'assiste à nos bredouillages avant d'applaudir chaleureusement notre excellent initiateur et son assistant ! Nous n'oublierons pas nos premiers pas… fers aux pieds.

Après l'atelier, Victor Cuno nous explique que Top Hat est "dans un certain style, le nec plus ultra des claquettes parce que c'était LE grand truc de Fred Astaire. Il y faisait son fameux numéro avec la canne". Dans les années 1920 et 1930, raconte-t-il, tous les films musicaux ou presque intégraient des numéros de claquettes mais "la manière de faire de Fred Astaire était absolument bluffante". Il ajoute qu'il y a plusieurs styles de claquettes, en relation avec le rythme plus ou moins lent de la musique.

"La technique des pieds est d'origine anglaise irlandaise, avec des danses comme la gigue, précise-t-il. Le reste est une histoire d'immigrants. Les Noirs déportés aux Etats-Unis ont observé les Irlandais et les Anglais et commencé à les imiter. Ils ont repris la technique des pieds et ils ont apporté beaucoup de style, un mouvement du corps qui swingue, beaucoup plus libre". La production de Kathleen Marshall présentée au Châtelet réserve une place de choix aux claquettes. Et ce n'est certainement pas par hasard que le rôle principal a été confié à l'éblouissant Philipp Attmore, un artiste afro-descendant originaire de Californie. "Kathleeen Marshall met au jour, sous l'hommage à la star hollywoodienne, les racines noires américaines du jazz et des claquettes", analyse Anne Martina, professeur agrégé d'anglais à la Sorbonne.

C'est la quatrième fois que Victor Cuno donne ce type d'atelier introductif au Théâtre du Châtelet. "On l'a fait avec Singin' in the rain, Un Américain à Paris, 42nd Street et maintenant Top Hat, se réjouit-il. Ce qui est fondamental pour moi, c'est d'insister sur le rythme et le mouvement, c'est la base des claquettes." Il considère que la pratique amateur s'est installée en France. "Il y a des petits hauts, des petits bas mais elle s'est installée, précise-t-il. Nous, on existe depuis 30 ans et, depuis 30 ans, ça marche". Reste que dans notre pays, les danseurs professionnels de claquettes ont peu de débouchés. Ils cumulent souvent avec d'autres disciplines pour travailler dans le petit monde de la comédie musicale. "Dans ce type de spectacles, la cerise sur le gâteau, conclut-il, c'est le numéro de claquettes ».

Comment lui donner tort ? La première du spectacle, moins d'une heure après la fin de l'atelier, est une claque. Le numéro avec les cannes et les chapeaux haut-de-forme (Top Hat en anglais), le pas de deux de la chanson Cheek to Cheek avec Nicole Lily-Baisden et Philipp Attmore en Ginger et Fred, le ballet qui conclut le premier acte, le numéro final avec une quinzaine de danseurs parfaitement synchronisés sur scène… Nous ressortons du Châtelet avec une furieuse envie d'imiter Fred Astaire et ses héritiers, prêts à travailler d’arrache-pied.

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